jeudi 14 août 2014

XXI. vie privée et document public




Les archives comportent parfois des informations qui, dans certains cas, ressortent du domaine strictement privé. Le texte d'une carte postale en est un exemple flagrant. La facture d'une entreprise en est un autre. Si l'auteur de l'une et l'autre a disparu depuis belle lurette, peut-on malgré tout exploiter, même à des fins non lucratives, le nom ou les informations qui, à l'époque, relevaient d'une certaine confidentialité ? Qu'en est-il des descendants: à partir de quel degré, de quels arguments ont-ils un droit d'ingérence au bénéfice supposé de leurs aïeux ? Qu'en est-il du droit à l'oubli - formulation à la mode en cette époque d'omniprésence d'informations sur la toile informatique ? En bref: quelles sont les circonstances qui donnent le droit irréfutable de soumettre un document d'archive à la curiosité publique ? Il me semble difficile d'apporter une réponse globale ferme et définitive. Le cas par cas semble devoir s'imposer.

Les critères de sélection d'une archive qui est dévoilée doivent être un équilibre entre l'illustration historique, l'intérêt sociologique, le rappel patrimonial (et culturel), et la beauté plastique. L'essentiel, finalement, reste que dans le cas précis du Fonds d'Archives framerisoises Blogsquetia-Huart, l'intention n'est et ne sera jamais de dévoiler des secrets dans un soucis de publicité égoïste. L'objectif est et restera toujours de faire (re)découvrir le patrimoine framerisois et de plébisciter la culture qui est la nôtre au travers d'archives sélectionnées et, dans la mesure du possible, libérées des contraintes explorées ci-dessus. D'une manière claire et directe: l'intention est pure (ce qui, sans faire preuve d'un trop-plein de naïveté, permet d'excuser pas mal).

In fine, de manière très pratique, dans le cas de documents pouvant prêter le flanc à l'incompréhension ou la critique, le Fonds acceptera toujours d'entrer dans une discussion à bâtons rompus avec les dépositaires d'un nom de famille, de l'image d'une personne, d'une entreprise, etc, afin de faire valoir cette objection simple, qui a valeur de règle absolue : la beauté plastique d'un vieux document, l'éclairage émotionnel et la meilleure perception qu'il offre du passé doivent le libérer de tout soupçon, à partir du moment ou son contenu ne vient pas entacher une réputation établie.



document: livret d'artillerie de Pierre-Joseph Rousseau, citoyen de La Bouverie, 1882 (issu des collections précieuses du FAfBH).