jeudi 11 décembre 2014

XXIII. ils aimaient la liberté

En pleine Libération de Frameries, précisément le 3 septembre 1944, quatre citoyens sont exécutés par l'occupant.

Leur mère avait demandé à Albert Decrucq d'accompagner son cadet Jean à une réunion de résistants, histoire de le tempérer un peu. Lorsque la réunion, qui se tient au 88 rue de Mons à Frameries (face à l'actuel mur du PASS), se termine, la plupart des résistants s'égaie par les jardins. Les frères Decrucq et un troisième homme, faisant preuve de moins de prudence, décident de passer par la rue. Cela leur coûtera la vie, ainsi qu'à un passant que le hasard aura amené là au mauvais moment.

Sur les photos mortuaires, on voit les deux frères, photographiés côte à côté, en costume militaire, médaillés, un bouquet de chrysanthèmes leur caressant le visage.

L'enterrement se déroule à Cuesmes. L'ancienne église (effondrée en 1986) est pleine à craquer. La foule s'est pressée pour assister à la cérémonie d'adieu aux derniers héros du Borinage. Puis c'est le cortège pour se rendre au cimetière. Des hommes graves, bérets sur la tête, portent les cercueils. En tête du cortège, une imposante couronne mortuaire ouvre le chemin. On aperçoit la soutane du curé. D'autres cercueils viennent s'ajouter à la longue colonne: autres morts, autres destinées.

On a fait s'agenouiller une huitaine d'hommes de part et d'autre d'un drapeau frappée de la funeste croix gammée. Des collabos ? Des rexistes ? Quel sera leur propre sort ?

Les bottes frappent le pavé.

La Libération se fait maussade.


Une histoire inédite, au croisement de rares témoignages, d'une poignées de photo, et d'archives diverses.
Les photos, au nombre de treize, ont été cédées au Fonds d'Archives par Jean-Pierre Finet.




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